Il faut dire que plusieurs retards ont mis à rude épreuve les nerfs des fans et ceux des actionnaires de EMI, qui s'imaginaient que les quatre gus de Coldplay allaient un peu opportunément donner rapidement un successeur au mégasuccès de 2002, "A Rush of Blood to the Head", présent aux premières places du classement Billboard depuis plus de 140 semaines. Mais les intéressés voulaient au contraire éviter toute précipitation.
Entre-temps Chris Martin, leadeur et chanteur du groupe, est devenu un people, a épousé une belle actrice, a eu un bébé. Tout a pris des proportions énormes qui dépassent sans doute chacun des membres du groupe. Conscients du challenge, ces derniers ont passé des centaines d'heures à composer plusieurs de dizaines de morceaux, les ont réenregistrés à maintes et maintes reprises pour enfin obtenir 13 titres (14 pour les japonais......les pd) leur donnant totale satisfaction.
Le problème, dans ce genre de cas, c'est que l'attente crée une frustration énorme qui, nécessairement, ne peut être que difficilement comblée. En clair, Coldplay n'avait pas le droit à l'erreur avec ce disque, et en bon pessimiste que l'on est, on s'attendait (un peu) a etre (beaucoup) déçu. C'est donc avec une certaine circonspection que l'on a mis le disque dans la platine pour la première fois et que l'on s'est posé un peu innocemment la fameuse question : "X&Y", album parfait ? Comme si la réponse pouvait apparaître si rapidement.
Ce disque est en fait assez semblable à "Parachutes", leur premier album sorti en 2000, en ce sens qu'aux premières écoutes, on a un peu l'impression que tous les morceaux se ressemblent, qu'aucun ne surnage tout à fait. Un disque agréable, certes, mais pas franchement marquant, une collection platounette de morceaux aériens, sans refrain entêtant, dominée par la voix de Chris Paltrow.
En somme, après deux albums assez identiques, on se trouve devant un nouveau Coldplay pur beurre, qui creuse encore le même sillon, sans audace, sans aucune surprise, à tel point qu'on en vient très rapidement à se demander si c'est bien ça, le gros album de 2005, si c'est bien ce qu'on a attendu si longtemps. Et on se demande si on ne s'est pas un peu foutu de nous !
Et en fait, "X&Y" a quelque chose d'insidieux qui donne inconsciemment envie d'y revenir encore et encore. Et ce sont ces multiples écoutes qui font peu à peu disparaître cette désagréable sensation de platitude, qui amènent l'auditeur à se souvenir d'une chose : Coldplay n'est ni Kaiser Chiefs ni Franz Ferdinand, et leur pop propre sûre d'elle nécessite de la patience pour être en mesure de capturer l'excellence des mélodies, la délicatesse des arrangements et finalement la diversité des compositions.
Ainsi, l'album recèle bon nombre de pépites popeuses, du genre romantique qui plait beaucoup aux filles telles que "Fix You", "A Message", et puis Chris Martin est si beau et qu'est-ce qu'il est doué!!!, mais aussi rock rebelle des bacs à sable telles que "Square One", "The Hardest Part", "Talk ", globalement dominées par les guitares qui plaisent aux garcons.
Et plus on se plonge dans ce disque, plus on découvre les petites prises de risque de Coldplay, qui convoque bien plus qu'avant les claviers, pour donner par exemple de temps en temps dans la pop 80s (fameux sample de Kraftwerk sur "Talk"), et qui n'hésite pas à destructurer ses morceaux comme "Twisted Logic" (sommet de l'album selon certain).
Globalement, voici donc un album très consensuel, voué au succès. C'est précisément ce genre de chose qui défrise tous ceux qui estiment que le rock appartient aux échevelés, aux suicidaires, aux adeptes du no future, à ceux qui brûlent leur vie par les deux bouts et qui vendent des disques à deux pelés et trois tondus. Et ben non. On peut aimer la glace à la pistache, soutenir Amnesty International, vendre des palettes de disques dans le monde entier et être parfaitement rock'n'roll dans la tête. C'est ce que prouve Coldplay aujourd'hui, avec cet album particulièrement maîtrisé, peaufiné, qui peut sentir un peu le plastique par moments, mais, pour être cérébral, n'en est pas moins également passionnant.
Donc trois ans après "A Rush Of Blood To The Head" et deux ans après un excellent album live enregistré au Sydney Hordern's Pavillion (Australie), Coldplay fait son retour explosif avec "X & Y". Un troisième opus pour qui un groupe qui depuis maintenant six ans transforme tout ce qu'il touche en or, voire en platine.
Précédé d'un hit planétaire absolu, le single "Speed of sound", "X & Y" débarque donc en grande pompe dans les bacs. Indépendamment des qualités artistiques de l'album, il faut reconnaître au moins un mérite au groupe, son nouvel effort est sans conteste LE succès pop de l'année.
Sortis il y a plusieurs mois de cela, "X & Y" et "Speed of sound" sont d'ailleurs encore classés, au moment ou sont écrites ces lignes, sur le podium des meilleures ventes d'albums et de singles pop; et il ne fait guère de doute que la quasi-totalité des dates de la tournée mondiale du groupe seront sold-out.
Rythmiques bien senties, mélodie efficace, "Square one", qui a la lourde charge d'ouvrir ce nouvel album du groupe s'acquitte fort bien de sa tâche. Du Coldplay pur jus qui aligne avec "What if" puis "White shadows" deux autres titres où l'on retrouve par moments l'intensité émotionnelle d'un "Yellow" ou d'un "Trouble", deux morceaux présents sur le track listing de "Parachutes", le premier effort du groupe.
On avait cru déceler un soupçon de mièvrerie "marshmallow" sur quelques uns des derniers titres de "A Rush Of Blood To The Head", cette fois, les choses se compliquent dans le 4e titre de "X & Y" : "Fix you". Second single de l'album après "Speed of sound", ce titre a tendance à sombrer dans la prétention dans sa première partie et n'est sauvé que par son final, paradoxalement très inspiré. Verdict similaire pour "Talk" ou l'éponyme "X & Y". Personnellement, ces trois titres sont pour moi malgré tout excellent voire presque les meilleurs de l'album. Sauf que pour moi ce sont toutes les meilleures!
Entre-temps, l'excellent "Speed of sound" a évidemment sauvé les meubles en assurant du même coup une promo monstre pour le groupe et une rentabilité maximum au niveau des ventes de CD. On se demande alors ce qu'a encore "X & Y" dans le ventre alors qu'on en est qu'à la moitié du disque. Du bon tels que "Low", "Twisted logic" et du moins bon avec des titres peu inspirés (mais non moins toujours excellents) tels que "The hardest part" ou "Swallowed in the sea". Du déjà vu (mais neanmoins très bon) de la part du quartet anglais.
"X & Y", un album assez différent des deux autres de par sa musicalite mais néanmoins le meilleur de l'année 2005. Petite déception pour moi : le gros manque de mélodie au piano remplacé par un peu trop de guitare malgré tout excellement bien joué par Johnny Buckland. On arrive à s'y habituer et à apprécier à sa juste valeur.
Et chapeau bas à Chris, Johnny, Guy et Will qui parviennent toujours à jouer des musiques tout aussi parfaitement qu'avant.
(Je donne une note perso de 0 à 10 pour chaque chanson, à vous de désigner votre chanson préférée pour cet album)
1 - Square One : 10
2 - What If : 10
3 - White Shadows : 9.5
4 - Fix You : 10
5 - Talk : 10
6 - X&Y : 10
7 - Speed Of Sound : 10
8 - A Message : 10
9 - Low : 10
10 - The Hardest Part : 9.5
11 - Swallowed In The Sea : 9
12 - Twisted Logic : 8
13 - Til Kingdom Come (Bonus Track) : 8.5
14 - How You See The World (Bonus Japan Track) : 10
Meilleures Chansons : *Square One*Fix You*Talk*A Message*Low*
Plus Mauvaises Chansons : *What If*Speed Of Sound*Twisted Logic*
Note de l'album : 9.4


